21 mars 2006

L’autre visage du Hip Hop


cliquez ici pour agrandir cette image

Les préjugés

La plupart des gens qui ne sont pas des initiés du mouvement hip Hop, quel qu’il soit (B-Boying, Rap, Djaying, Graffiti) ont souvent une image faussée de cette culture.
Elle dérange et se réfère à ce que la société a de plus noire car elle est née sur bases de crises sociales et économiques. C’est une sorte de contre-culture.
Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à ce mouvement, il faut dire très en vogue actuellement, j’ai eu les mêmes certitudes, les mêmes idées préconçues que la moyenne.
Il faut dire qu’encouragée par un battage médiatique abrutissant, je me suis laissé piéger par cette image négative qui colle à la peau de cette culture dite urbaine, cette « culture des banlieues ».

Comme je ne veux pas mourir idiot je me suis plus affairé à comprendre cette culture si subversive pour le citoyen lambda avant d’en faire mon jugement définitif.
Voilà ce que j’ai découvert….

Après avoir assisté à quelques évènements type (battles sauvages, battles organisés, et autres compétitions du genre) j’ai été vraiment surpris et agréablement surpris par la complexité des mouvements d’exécution des danseurs pour le moins hyper athlétiques. Pour moi la breakdance, c’était des mecs qui tournaient sur la tête et basta ! La plupart des danseurs exécutent des mouvements phares avec une vitesse et une force que je n’ai jamais vu jusqu’à présent.
Par ailleurs les codes artistiques connus ne sont pas les mêmes. Ici les danseurs ne se produisent pas sur scène avec un programme prévu à l’avance, il y a une longue place pour l’improvisation, même si les danseurs se sont très longtemps préparés à l’évènement. En général ils exécutent leurs mouvements au milieu d’un cercle, entouré du public et s’affrontent contre un autre. Les danseurs sont regroupés en « crew » c’est-à-dire en groupe et s’opposent les uns contre les autres en se défiant mutuellement. Qui sera le plus fort ? Qui saura exécuter le mouvement le plus beau et surtout le plus dur à réaliser ? Bref c’est une vraie bataille. Le gagnant est toujours le public qui assiste alors à une véritable création artistique riche et unique.

Laissons la définition plus fine de ce mouvement par les experts et passons à ma découverte majeure.



L’image subversive du Hip Hop

Rappelons rapidement que cette image négative et violente vient surtout du rap. Les leaders de certains groupes de rap utilisent des mots comme des armes et particulièrement aux US où l’apologie de la violence et du sexe fait mouche auprès des jeunes ces dernières années. Les textes d’une débilité profonde affligent les cerveaux de plus de deux neurones. Message si c’en est un : si t’as pas une grosse caisse, des tablettes de chocolat grosses comme les miennes, une grosse chienne qui te sert de femme, des grosses chaînes en or, accessoirement des dents en or c’est mieux, et une grosse piscine avec plein de putes dedans t’es pas un homme…
C’est dommage mais il s’agit de la partie la plus médiatisée du mouvement Hip Hop et celle où il y a le plus de fric, sic…Une certaine partie des producteurs peu scrupuleux ont largement contribué à ce mouvement qu’on appelle alors essentiellement le gansta-rap.

cliquez ici pour agrandir cette imageQui se rappelle de la boisson énergétique lancée par le rappeur Nelly « Jus de proxenete » ? Cette banalisation de la marginalité, de la drogue et de la délinquance semble exercer une fascination des foules à en croire les chiffres des ventes de ce type de produit. Il y a là une véritable opposition du modèle culturelle au sein de la communauté Hip Hop américaine et surtout entre la communauté afro-américaine.
L’ancienne génération prône le combat pour l’acquisition des droits civiques et l’investissement des places de pouvoirs institutionnels et la jeune génération prône le pouvoir de l’argent en se foutant un maximum des pouvoirs en place.
Par ailleurs il existe un amalgame entre le mouvement Hip Hop et les gangs, surtout aux US. En France on associe le Hip Hop avec les jeunes caïds des banlieues. La guerre des gangs américains se fait au rythme des musiques Hip Hop et les leaders du Hip Hop viennent de certains de ces gangs. Cette banalisation contribue à donner une image négative au mouvement.

Ce phénomène touche moins le paysage européen, voir français où en majorité les groupes de rap leaders ont un textuel comportant un vrai message et surtout une signification.
Ceci dit en France il y a eu aussi quelques affaires douteuses. Comme en septembre 1999 où Doc Gynéco a porté plainte au lendemain de sa petite fête arrosant le succès de son dernier album « Première consultation » (800 000 exemplaires vendus) pur « violences volontaires et vol ». Cette affaire a cependant rien à voir avec l’importance des affrontements entre gangs rivaux américains voir centraméricains.
Cependant ce qui dérange c’est justement ces messages provocateurs (Ministère AMER, NTM, IAM, et je ne cite que les plus connus) sur un contexte de revendications sociales.
(J’appuis sur la gâchette de NTM, Brigitte femme de flic du Ministère AMER)

Au format dans lequel ils ont tenté de me faire entrer,
Je me suis vu qualifié de rebelle d'une société
Hypocrite, où certains ont tant de pouvoir
Qu'en toute impunité, ils peuvent cracher sur l'histoire.
Album L’école du micro d’argent, 1999 Dangereux, IAM

Il existe aussi un autre type de rap, que j’appelle le « rap guimauve » (Ménélik, Doc Gynéco, Alliance Ethnik, et autres consorts) qui a bien marché en son temps. Il a contribué par des textes plus légers à donner une image plus festive au mouvement Hip Hop en France même s’il est considéré et à juste titre comme étant juste des productions commerciales.

Revenons à l’image violente du rap, celle qui dérange. Le mouvement est très souvent associé aux jeunes des banlieues défavorisées et à la délinquance.
cliquez ici pour agrandir cette imageC’est une culture née d’un mélange de revendication identitaire de la part d’une minorité ignorée, née de l’urbanisme et se pratique donc sur les murs (le Graf) et le béton (danse Hip Hop, Breakdance). Les mots utilisés, les graffitis et les codes du mouvement ne sont pas des petits morceaux de sucre. Il y a une véritable violence et une volonté de s’affranchir de cette violence subie.
Tout art nécessite quel que soit son originalité une rigueur et un dépassement de soi. Pour réussir à effectuer certains mouvements de breakdance ou jeter un flow qui a de la gueule, il faut une grande maîtrise de la part de l’artiste. Le breakdanceur s’entraîne bien souvent plusieurs heures par jour et presque tous les jours pendant de longues années avant de pouvoir exécuter un certains nombres de « pass ». Ce n’est pas juste un jeu. Il y a un réel investissement artistique et une grande générosité.
Il faut dépasser cette première impression de violence et creuser un peu plus et on y découvre des trésors.

« Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit l’autre de cet univers qui n’est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu’il peut y avoir dans la lune » Marcel Proust A la recherche du temps perdu.



Le Hip Hop engagé

En approfondissant davantage mes recherches, ma curiosité me porte vers des domaines peu médiatisés du Hip Hop : la mobilisation associative, la mobilisation politique et religieuse.
Il ne s’agit pas là de faire la propagande de quelque mouvement politique ou religieux qu’il soit car chacun a ses opinions et ce n’est pas le propos de ce texte.
Il est juste temps de donner un éclairage plus important aux actions qui font avancer le mouvement et qui lui donne son essence même : la culture de la tolérance qui prône l’amour universelle et l’égalité. N’est-ce pas là le message originel ?

On prête beaucoup de mauvais côtés Hip Hop made in US mais il faut aussi lui reconnaître une chose : sa volonté de percer malgré le peu de moyens qui leur sont alloués. Certes les stars du rap sont millionnaires depuis bien longtemps mais ils ne sont qu’une minorité comparé à tous les adeptes Hip Hop du pays. Il n’existe pas, comme en France, de véritable politique en matière culturelle. C’est la grosse débrouille, c’est pourquoi la plupart aiment venir danser en Europe.
C’est le fait caractéristique de cette nation, la débrouille, l’Etat providence à la française n’existe pas. Le social ils ne connaissent pas.

Ce qui est regrettable surtout c’est qu’autant le côté tapageur du rap est connu d’une grande partie du public, autant le côté militantisme l’est beaucoup moins.
Il y a là un non sens de la part du public qui achètent en masse des albums de gansta-rap, regardent des clips de ces rappeurs, ou encore s’habillent de la tête aux pieds de fringues dont l’image est loin d’être une parabole évangélique et de l’autre côté très peu savent ou veulent s’informer sur les actions associatives en autre du Hip Hop. Alors que la plupart clament à qui veut l’entendre que l’essence du Hip Hop est respect, véritable aspiration à la paix, que ce n’est pas juste un « concept superficiel » toutes les actions faites en ce sens n’intéressent guère.
La question est pourquoi ce paradoxe ? Est-ce qu’il n’y a pas là une contradiction qui peut nuire au Hip Hop ? En effet pour les non hip hopeurs ce double langage ne tient pas. Pourquoi les mecs gueulent que le Hip Hop c’est avant tout le respect de l’autre et que le concept est beaucoup plus philosophique que ça et d’un autre côté le public Hip Hop médiatisé est aussi superficiel.
En réalité il faut distinguer deux sortes de public : les hip hopeurs nés de la dernière pluie qu’ils veulent à tout prix se démarquer en se disant « Hip Hop for ever, Hip Hop for live » et les puristes de la première heure ou ceux qui ont compris le véritable sens Hip Hop.
La première catégorie ne semble pas avoir saisi le message et la quintessence née des ghettos noirs du Bronx.
Cette culture n’est pas juste un phénomène de mode qui permet de se distinguer d’une masse, ce n’est pas juste un produit de consommation jetable une fois que le jus a été pressé.
Elle a représente au contraire une véritable révolution au sein de la société pré-établie. Comme si les pseudo Hip Hopeurs devenaient subitement des moines bouddhistes juste en revêtant une robe monacale ocre…
Pour cela il faut un minimum de curiosité et de d’engagement.

cliquez ici pour agrandir cette imageActuellement pour la présidentielle américaine notamment, des artistes rappeurs se sont mobilisés pour que les jeunes s’inscrivent dans les bureaux de vote (www.hsan.org).
En effet du 16 au 19 juin 2004, s’est tenue la première Convention nationale politique du hip-hop, à Newark, dans l’Etat du New Jersey, sur la côte atlantique des Etats-Unis.
Près de 4000 personnes étaient regroupées dans un gymnase pour assisté à un meeting politique pas comme les autres.
Parmi les membres les plus célèbres ayant participé à ce meeting on peut citer les rappeurs Busta Rhymes et Wyclef Jean. Ici contrairement à l’image habituelle des clichés auxquels renvoie le Hip Hop il s’agit de lui donner une autre dynamique. Le meeting tente de « développer un horizon national plus large pour la communauté hip-hop, centré sur des thèmes tels que la brutalité policière, la réforme de l’assurance-maladie et le chômage ».

« C’est une tentative d’impliquer plus les jeunes, dans la politique, de leur faire quitter l’écran de la chaîne musicale MTV pour aller vers les isoloirs. Depuis plusieurs années, la communauté hip-hop cherche à démontrer qu’elle n’est pas que synonyme de guerres des gangs et de babioles étincelantes ».

Cette initiative prouve que le mouvement Hip Hop n’est pas mort.
D’autres artistes s’engagent de plus en plus dans cette course contre l’ignorance. Ne pas voter c’est continué de subir.
Russel Simmons autre star du Hip Hop n’a déposé quant à lui son premier bulletin de vote qu’à l’âge de 39 ans. Pour lui la politique n’est plus aussi ringarde qu’il le pensait étant plus jeune. La démonstration est faite par l’élection de George W. Bush Junior en 2000 à 507 voies de différence…
Aujourd’hui il est engagé dans un mouvement « Hip Hop Team Vote » qui signifie littéralement Equipe électorale Hip Hop. Le « consciouness » du début n’est pas très loin.
C’est un projet lancé par le « Hip Hop Summit Action Network » (HSAN), le réseau d’action Hip Hop.
Le principe est simple, c’est d’attirer de jeunes amateurs de Hip Hop par l’intermédiaire de stars comme Jay-Z, Nas, et P. Diddy.
Des débats sur fond de musique Hip Hop réunissent le tout et pour y participer la règle est simple : les jeunes devaient s’inscrire sur les listes électorales et s’ils avaient déjà leur carte d’électeurs, ils devaient amenés un copain qui ne l’avait pas.
A en croire les chiffres cette initiative représente un véritable succès : en l’espace de quelques semaines environ 100 000 jeunes se sont ainsi inscrits sur les listes.

D’autres exemples du genre sont à citer comme le groupe des rappeurs brésiliens qui se servent de leur notoriété pour passer un message fort afin d’essayer de changer les mentalités essentiellement dans les favelas. Ils prônent l’usage du préservatif et critiquent ouvertement le machisme traditionnel. Des projets pour le port du préservatif sont lancés dans la foulée par de grands noms comme MC Racionales, DJ Hum, Rappin’Hood et Japao. VM Hill, le groupe de hip-hop brésilien qui se vend le mieux à l’étranger, a donné un concert pour le lancement du projet.
Quant on sait que le virus du sida fait des ravages dans la population brésilienne et que les grossesses précoces ne cessent d’augmenter cet engagement des artistes Hip Hop révèle une implication neuve et salvatrice. En effet en moyenne les garçons ont leur premier rapport sexuel vers l’âge de 13 ans et les filles vers l’âge de 14 ans.

Et pour finir je termine mon tour d’horizon par la France qui n’est pas en reste avec les actions de ce même type. Diverses associations animent des cours ou des stages pour les jeunes, et moins jeunes sur la danse Hip Hop, le breakdance, l’écriture de rap, double dutch ou encore de chant R’N&B. Ces associations mettent en place des actions d’information et surtout perpétuent une tradition Hip Hop oubliée du grand public. Et c’est ce modèle d’action qu’à l’avenir il faudra prendre en compte et donner tout le sens à la communauté Hip Hop, l’autre versant.


Texte écrit le 10 Octobre 2004 par Valentine dispo sur style2ouf.com

Posté par latouf à 23:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur L’autre visage du Hip Hop Les préjugés La plupart

Nouveau commentaire